Les prieurés dans la vallée de la Seine
Lorsque nous cheminons à la rencontre de vestiges architecturaux, nous sommes amenés parfois à découvrir des prieurés. À Troyes, le prieuré de Saint-Quentin a été le plus important à l'époque médiévale, mais ce qui interpelle, c'est la multiplication de ces établissements au sud du diocèse de Troyes, au contact avec l'évêché de Langres. Au préalable, il est nécessaire de définir le rôle et la fonction du prieuré ainsi que les personnes qui l'occupent. À l’origine, les prieurés sont des établissements religieux qui dépendent des abbayes et dans lesquels des religieux mènent la vie conven
Le supérieur spirituel est appelé
Parfois, le souvenir de tel ou tel prieuré se fait jour lorsqu'on interroge les habitants d'une commune, sans trop savoir où ce dernier se situait exactement. C'est la raison pour laquelle nous vous proposons de développer une recherche sur ces vestiges d'un autre temps, où l'architecture confère à l'espace un sens symbolique, où le pouvoir et la foi se croisent pour donner corps à une volonté abbatiale. À cela s'ajoute un contexte féodal caractérisé par l'omniprésence du comte de Bar-sur-Seine et du comte de Champagne, et, dans une moindre mesure, du duc de Bourgogne et du comte de Brienne. Ceux-ci participant activement aux affaires religieuses, les abbés doivent composer avec eux pour s'établir. Cependant, la multiplicité des combinaisons rend la tâche ardue à l'historien, d'autant plus que les sources sont dispersées. Au demeurant, il est capital d'appréhender la nature initiale du contrat d'établissement du prieuré pour interpréter les vestiges, tel a été notre défi.
Cette difficulté est renforcée par l'évolution juridique et religieuse de ces prieurés dans le temps. Dans un premier tem
Quels sont les prieurés que nous rencontrons dans l'espace barséquanais et avec
I. Les prieurés, lieux d'enjeu du pouvoir local
L'implantation des tout premiers prieurés dans la contrée relève de la volonté monastique. À la tête de ces initiatives se trouve l'abbé qui, par l'autorité que lui confère son titre, est amené à développer son rayonnement économique ainsi que sa pugnacité à évangéliser les contrées les plus reculées.
Sans conteste, le plus rigoureux et opiniâtre dans ce rôle est Robert, moine bénédictin installé dans la forêt de Molesme pour vivre son vœu :
L'établissement se veut une réaction à un ordre qui vit dans l'opulence, ayant perdu le message originel de la pauvreté. C'est l'abbaye de Cluny qui est visée à l'extrémité sud du duché de Bourgogne. Retrouver la voie de Dieu par la pureté de sa condition, par son dénuement et par le don de soi, tels sont les préceptes de vie des quelques compagnons qui s'installent dans ce lieu reculé. L'engouement est tel qu'il est à l'origine de quatre filles illustres disséminées aux quatre points cardinaux :
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Au sud : l'abbaye de La Ferté-sur-Grosne en 1113, dans le diocèse de Chalon.
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Au nord : l'abbaye de Pontigny en 1114, dans le diocèse d'Auxerre.
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À l'est : l'abbaye de Clairvaux en 1115, dans le diocèse de Langres.
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Au nord-est : l'abbaye de Morimond, créée en 1115 dans le diocèse de Langres.
Force est de constater une maîtrise de l'espace diocésain autour de l'abbaye-mère. Cette maîtrise de l'espace est une donnée incontournable, précieuse dans le cadre d'un changement d'échelle raisonné en termes d'espace prieural.
Nous assistons à une renaissance chrétienne et à une reconquête intérieure des terres incultes où se mêlent encore paganisme et rites chrétiens. De ces lieux vont émerger des prieurés et des chapelles, sources d'un rayonnement indiscutable propice à une évangélisation totale. La filialité entre Molesme et Clairvaux n'échappe pas à Pierre de la Celle, contemporain de cette évangélisation nouvelle au XIIe siècle, qui l'évoque dans une superbe métaphore : « gallina illa, plena plumis et bene pennata, quot et quales de utero suo foetus produxit, dum ex se collegium Cisterciense originario germine pullulavit ».
Des hommes de la noblesse féodale, tels Étienne Harding ou localement Engelbert de Brienne (fils de Gautier Ier, comte de Brienne), se dépouillent de leurs richesses et de leurs armes pour vivre leur foi dans l'austérité afin d'atteindre la Jérusalem céleste. Ce jeune noble entre en vocation et se dépouille de sa condition pour devenir clerc entre 1072 et 1076. Il laisse sa part du comté à ses frères : le premier devient comte de Brienne sous le nom d'Engelbert Ier, le second, Milon II, est institué comte de Bar-sur-Seine. La famille de Brienne règne ainsi sur deux contrées distinctes mais complémentaires, constituant un réseau de solidarités à plus ou moins long terme.
En 1173, le comte Hugues de Bar-sur-Seine et sa femme Pétronille donnent la vigne de digno cane au finage des Riceys à Saint-Pierre-le-Vif de Sens, au profit du prieuré sis dans la localité. À la lecture de l'acte, on observe que la donation est partielle : le comte se réserve un denier de cens et la justice. Parmi les témoins, notons la présence d'un certain Gunibert de Ricey, notaire du comte de Bar-sur-Seine.
En 1176, l'évêque de Langres, Gautier de Bourgogne, fait
Toujours pour ce prieuré, en 1216, Milon abandonne ses droits sur la dîme et le charroi
Force est de constater l'élan de donations émanant des petits et grands seigneurs. Cette impulsion est suscitée dès 1083 par l'évêque Renard de Langres qui, dans un contexte de Réforme grégorienne, autorise les vassaux et les clercs à se dépouiller des églises et des fiefs qu'ils détiennent de lui en faveur du monastère de Molesme. Outre la reconnaissance officielle, cette démarche dynamise l'essor territorial de l'abbaye.
Prenons l'exemple de Merrey : la paroisse est source de richesses si convoitées par les seigneurs laïques que ces revenus restent indivis et propriété des aînés successifs. Cela rend la démarche historienne complexe, obligeant à rétablir les liens de filialité, à repérer les chartes de droits et les successions tout en tenant compte des aléas des querelles féodales.
Lors de la fondation du prieuré de Merrey entre 1076 et 1089, Gautier Ier, comte de Bar et de Brienne, fait aumône de sa justice et du droit d'hôtise de l'aître de Merrey. Ses chevaliers (Hugues de Vendeuvre, Jobert de Bar, Séguin et Arséri) s'unissent pour donner l'église (en tant que bâtiment), ses dépendances et l'aître, mais se réservent des parts de dîme : Séguin en garde le tiers, Arséri un autre tiers avec le pré attenant, et Jobert le dernier tiers. Il est donc impératif de distinguer la propriété immobilière de la propriété fiscale. Cette dernière relève du fief, assurant aux seigneurs une sécurité financière durable et un pouvoir sur le spirituel.
D'une manière générale, l'essentiel consiste à déterminer la nature de la propriété fiscale. S'il s'agit d'alleux, le prieuré constitue des enclaves aux mains du comte au cœur d'un espace lui-même féodal, traduisant la prééminence du religieux sur le pouvoir laïque. Une terre allodiale au milieu de terres en fiefs suscite toutefois des convoitises et des rivalités entre abbayes.
II. Valeur des prieurés du Barséquanais
Appréhender les prieurés à l'époque féodale n'est pas aisé, en raison de la rareté fréquente des sources pour ces établissements annexes. L'écrit priorise l'abbaye-mère et se manifeste principalement sous la forme de privilèges ou d'échanges entre l'institution abbatiale et l'aristocratie laïque. Une lecture attentive des actes laisse toutefois poindre des pistes précieuses.
Pour comprendre le fonctionnement du pouvoir religieux dans une contrée, il est impératif de déterminer la structure religieuse à laquelle elle appartient. L’archidiaconé du Laçois mérite notre attention, car il dispose de données éclairantes. Ce terme trouve son origine dans les limites primitives du pagus Laticensis (Lastsencis), dont le symbole visible est le castellum Latisco, situé sur la montagne du village de Vix. L’archidiaconé comprend les paroisses de deux doyennés : Châtillon-sur-Seine et Bar-sur-Seine. Le prieuré de Merrey en fait partie, tandis que celui de Fouchères se trouve exclu du doyenné et, par conséquent, du diocèse de Langres. Nos investigations doivent donc intégrer ces variations de juridiction diocésaine.
La notion de doyenné et l'espace qu'il recouvre n'existent pas au début du XIIe siècle ; elle devient une réalité dans la seconde moitié de ce siècle sous l'impulsion d'Hugues de la Chaume. Cette structure répond à un besoin d'évangélisation intensive dans un espace étendu. La première mention d'un doyen est attestée en 1163 avec Hugues de la Chaume. C'est dans ce cadre que se développent les prieurés barséquanais.
Plutôt qu'une lecture charte par charte, fastidieuse et lacunaire, nous vous proposons d'évaluer la richesse de ces prieurés à l'aide d'un guide d'exception : l'évêque, dont les prélèvements fiscaux dessinent un répertoire précis. À la lecture des différents pouillés, on dénombre treize prieurés dans le doyenné de Bar-sur-Seine.
En 1435, les prieurés et leurs droits de visite sont ainsi répertoriés (classement des petits prieurés versant moins de 100 livres) :
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Prieuré de Noex (dépendant de l'abbaye de Molesme) : 20 livres.
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Prieuré de Fralignes (ordre de Molesme) : 30 livres.
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Prieuré de Sainte-Marie-de-Faux aux Riceys (dépendant de Saint-Pierre-le-Vif de Sens) : 30 livres.
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Prieuré de Couteron La Gloire-Dieu (ordre de la Trinité pour la Rédemption des Captifs) : 35 livres.
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Prieuré de la Trinité de Bar (dépendant de Saint-Michel de Tonnerre, fondé avant 1068) : 60 livres.
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Prieuré de Jully (dépendant de Moutier-Saint-Jean) : 60 livres.
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Prieuré d'Oze (dépendant de Jully-les-Nonnains et de Molesme) : 60 livres.
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Prieuré de Saint-Robert de Bertignolles (dépendant de Molesme) : 60 livres.
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Prieuré de Saint-Maurice de Cunfin (dépendant de l'abbaye de Saint-Claude) : 80 livres.
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Prieuré de Saint-Pierre de Merrey (dépendant de Molesme) : 100 livres.
Le groupe des prieurés les plus riches comprend :
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Le prieuré de Saint-Victor et de Saint-Gengou de Viviers (dépendant de Montieramey) : 264 livres.
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Le prieuré de Saint-Georges de Vendeuvre (dépendant de Cluny) : 400 livres.
On observe une immense hétérogénéité de richesses, ainsi qu'une forte proportion de petits prieurés. Ces derniers sont parfois amenés à disparaître en tant que tels pour muter en églises succursales (ainsi Fralignes en 1435, devenue succursale de Magnant, et Noé-les-Mallets en 1492, rattachée aux Riceys). Au-delà de ce constat, il convient de s'interroger : le maintien de ces entités relève-t-il d'une volonté de valoriser l'espace symbolique de l'abbaye ? La présence de ces prieurés témoigne de la volonté d'animer le temporel pour accroître les profits, bien que cette politique reste tributaire de la compétence des abbés et de la technicité agraire disponible. Par ailleurs, l'étendue du domaine et la nature du sol influencent le déclin ou l'essor : les terres lourdes de Fralignes, par exemple, sont peu propices aux cultures céréalières mais avantageuses pour l'élevage — lequel nécessite toutefois un minimum de production de céréales pour subvenir aux besoins des troupeaux.
L'étude s'appuie également sur un document fiscal émanant des chancelleries épiscopales : le registre des visites de l'évêque daté de 1499. Ce document renseigne sur le nombre de prieurés, leurs modalités de fonctionnement et leur représentativité dans la partie nord du Laçois et sud du diocèse de Troyes.
Le statut des prieurés a évolué : ce qui était valable au XIIe siècle ne l'est plus à la fin du XVe siècle. Le registre montre qu'il ne subsiste que neuf prieurés dotés du statut conventuel (dirigés par un moine) à l'échelle du diocèse. Beaucoup d'anciens prieurés sont tombés en commende, tout en demeurant dans le giron de l'abbaye. Contrairement à l'esprit initial d'émancipation face à l'évêque au XIIe siècle, le pouvoir épiscopal renaît et s'affirme aux XIIIe et XIVe siècles : l'évêque réaffirme son rôle de chef spirituel tant en matière séculière que régulière par le droit de visite et de procuration. À la fin du Moyen Âge, ces droits génèrent un revenu global de 7 000 livres. Le montant de ces droits témoigne de la fortune contrastée des prieurés : le prieuré de Chappes (ordre de Saint-Benoît, dépendant de Montieramey) verse 300 livres de droit de visite, tandis que le prieuré d'Isle atteint 2,000 livres. Villemoyenne dispose d'un prieuré-cure (ordre de Saint-Augustin) évalué à 1 000 livres, tout comme le prieuré de Lusigny dépendant de l'abbaye Saint-Loup.
III. Le prieuré de Fouchères
L'histoire du prieuré de Fouchères est étroitement liée au village de Rumilly, ces deux entités villageoises relevant de la même institution bénédictine : l'abbaye de Molesme. Le cadre spatial est remarquable, ces localités se trouvant aux franges méridionales du diocèse de Troyes et du comté de Champagne, tout en étant régies par une institution bénédictine du diocèse voisin de Langres. Cette région frontalière est soumise à des tensions nées de la complexité des juridictions croisées.
La volonté de maîtriser l'espace voisin réapparaît ici. S'agit-il d'un fief, avec les inconvénients des droits fiscaux des vassaux du comte entravant l'épanouissement de l'institution, ou d'un alleu facilitant son essor ? L'importance des vestiges architecturaux pencherait pour la seconde hypothèse, mais l'analyse des actes invite à plus de nuances.
À l'époque féodale, l'Église, placée sous la protection des puissants mais soucieuse de sa pérennité, exploite les peurs et les besoins pour s'agrandir au détriment du pouvoir princier. Le prieuré de Fouchères s'étend ainsi sur les finages de deux villages actuels, les documents n'opérant pas de distinction franche entre le prieuré de Fouchères et les biens complémentaires de Rumilly.
Hugues, seigneur de Vendeuvre, donne une terre et l'église avec ses droits curiaux à l'abbé Robert entre 1085 et 1090. À cette époque, il n'est pas rare qu'un laïc dispose d'une église et de ses revenus. Néanmoins, il semble que le prieuré n'ait jamais joui du bénéfice curial au XIe siècle, comme en témoigne l'absence de mention dans les chartes-pancartes (confirmations de biens émises par l'évêque de Langres entre 1101 et 1129). L'évêque de Troyes résiste en refusant de céder le soin des âmes aux moines du diocèse voisin, mais cède au plus tard en 1113, validant les aspirations monastiques.
Entre 1093 et 1111, le prieuré se dote d'un cloître, fruit d'une quête fructueuse. L'agrandissement se poursuit grâce à l'octroi d'une terre allodiale issue de la maison de Montigny-Montfort, vassal du duc de Bourgogne dont l'influence s'étend jusqu'à Rumilly. L'alleu constitue une source d'enrichissement : entre 1186 et 1209, des bourgeois comme Hugues et sa femme Hersende profitent de cette condition allodiale pour se développer économiquement en rachetant les droits du moulin du pont de Fouchères jadis détenus par des religieux.
La volonté des moines de maîtrisaient la totalité du finage les pousse à évincer progressivement les seigneurs locaux. C'est le sens de l'échange de dîmes conclu entre Gautier de Fresnoy et les moines de Molesme entre 1140 et 1145 : ils troquent les dîmes et cens de Fresnoy et de Villemoyenne (tout en conservant leurs droits sur l'église de Fouchères) contre la dîme de Rumilly et l'aître de l'église. Cet acte est passé in presentia Bernardi abbatis Clarevallis (en présence de l'abbé Bernard de Clairvaux). Cette stratégie d'élimination de toute concurrence locale témoigne d'une maîtrise rigoureuse de l'espace et des revenus.
Les moines tentent par tous les moyens d'acquérir les droits des particuliers, quitte à susciter des conflits familiaux. Prenons le cas du chevalier Gautier d'Avalleur, seigneur de Grancey et vassal du comte Milon de Bar, qui souhaite donner ses biens à l'institution qui l'accueille pour ses derniers jours. Si le don pieux est noble, il amenuise la puissance de la seigneurie, d'autant qu'il inclut le quart d'un bien situé à Grancey, les charges de juridiction sur l'église de Fouchères, la moitié de la dîme prélevée sur les charrettes des moines, et la possession d'un serf et de ses deux enfants domiciliés à Rumilly. En réunissant ces droits morcelés, l'abbaye façonne un pôle de puissance prieurale.
Outre le régime du fief, la prospérité repose largement sur la condition fiscale allodiale, bien que des parties relèvent du fief. Ainsi, en 1221, l'exploitation des bois de Rumilly est organisée selon la volonté de la comtesse de Champagne Blanche. Il faut attendre 1233 pour saisir l'implication directe du comté de Champagne : une association d'intérêts est scellée entre l'abbé de Molesme, Isambart, et Thibaut IV sous forme de contrat de pariage afin de défricher et peupler Essoyes, Verpillères, Servigny et Poligny (situé à 5 kilomètres à l'est de Fouchères). Le comte traite d'égal à égal avec l'abbé, tout en demeurant son supérieur en matière féodale.
Parallèlement, en 1239, l'écuyer Jean de Rumilly et sa femme Marguerite abandonnent spontanément à l'abbaye de Molesme leurs droits sur le village et le territoire de Rumilly, tout en continuant à les exploiter comme un fief mouvant de l'abbaye. L'abbé reçoit l'investiture et Jean prête immédiatement l'hommage, tandis que Marguerite s'engage à en faire de même à la mort de son mari, engageant ses héritiers à perpétuité et demandant la rédaction de lettres sous le sceau de l'évêque de Troyes ou de sa cour, remises à l'abbé Christophe. Le prieuré de Fouchères hérite ainsi d'une assise foncière majeure sous forme de fief à Rumilly.
L'année 1240 révèle des tensions conflictuelles entre l'abbé, certains moines dissidents et le comte. Thibaut IV prend parti pour les moines dissidents en saisissant les biens de l'abbaye à Rumilly, Poligny, Grancey et Artonnay. L'abbé envoie une ambassade menée par le frère Robert et le chambrier Nicolas, permettant de récupérer Rumilly, Poligny et Grancey, tandis qu'Artonnay reste réservé par Thibaut aux moines dissidents. L'abbé Christophe d'Essoyes ratifie ce compromis en avril 1242.
Ce conflit de domination territoriale trouve son épilogue en juillet 1250 par un acte de pariage actualisé et étendu : l'abbé associe Thibaut IV aux possessions de l'abbaye (hommes, femmes, bois et plaines) à Rumilly, Cerres, Montceaux, Vaudes, La Vove, Saint-Parres-les-Vaudes, Celles, Courgelaines, Fouchères et Fralignes. Le comte cède la terre à condition qu'elle soit peuplée, défrichée et exploitée en partageant les droits et profits, s'assurant ainsi le contrôle d'une zone frontalière. Ce procédé de partage du pouvoir, très usité par les Capétiens, se diffuse chez les grands vassaux à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle. Que stipule cet acte ?
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Un prévôt est nommé d'un commun accord pour veiller à l'observation du traité.
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En cas de décès de l'un des deux co-seigneurs, les habitants des finages concernés doivent renouveler leur serment de fidélité au successeur.
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L'accord est perpétuel ; lorsque le comté de Champagne est rattaché à la couronne de France en 1284, le roi devient l'héritier de ces droits.
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Les profits partagés par moitié incluent la justice, les abonnements, les tailles et les échoîtes (mainmise sur les successions).
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Le comte ne peut s'immiscer dans les revenus, fiefs et droits propres de l'abbaye, ce qui la privilégie financièrement. En contrepartie, il détient le pouvoir militaire sur ces finages, assurant la garde et la défense des biens appuyée sur l'obligation militaire des villageois. C'est cette position frontalière face au duché de Bourgogne qui pousse le comte à fortifier Fouchères.
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Pour stimuler le peuplement, les nouveaux installés sur les terres prieurales relèvent directement de l'abbé et sont exempts des droits et de la justice du comte.
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En matière successorale, les héritages sont partagés à parts égales, mais une vente préalable est exigée au profit de personnes issues du même finage. Cette disposition prévient le morcellement des terres et l'intrusion de nouveaux seigneurs, favorisant la concentration des richesses sur le long terme.
C'est ainsi que s'explique l'essor du prieuré de Fouchères et de ses dépendances de Rumilly à l'époque féodale. Par la suite, l'évolution de 1250 favorise l'essor économique du finage de Rumilly au détriment de Fouchères, le pouvoir s'installant durablement à Rumilly tandis que Fouchères relève désormais directement du comte puis du roi.
[1]Les sources sont de nature essentiellement religieuses conservées aux Archives Départementales de la Côte d'Or, de l'Aube, essentiellement à la Bibliothèque Nationale et dans une moindre mesure aux Archives Nationales.
[2]Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, t. 1, p. 114-115.
[3]Département Haute-Marne, arrondissement Montigny-le-Roi.
[4]Traduction : cette poule bien emplumée et bien membrée dont les entrailles fécondes engendrèrent, pour le répandre bientôt comme autant de poussins innombrables, les monastères de l'ordre de Citeaux, dans Migne, Patrologie latine, t. CCII, col. 601 A.
[5]Arbois de Jubainville, H. Catalogue d'actes des comtes de Brienne, in, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t.XXXIII, 1872, p. 6. En 1072, il signe au bas des actes son nom sans épithète. Dès 1076 il signe comme moine Engelbert, il est fort à parier aux vues des dons effectués, qu'il soit moine depuis la fin de l'année 1072 voire début d'année 1073.
[6]Bibl. nat. lat., cartulaire de Notre-Dame-de-Faux 5995, f° 72 r°, traduction littérale : vigne du digne chien,
[7]idem 72 v°.
[8]Arch. dép. Aube, 7 H 300, f° 70 r°. Blanche, comtesse de Champagne, constate la vente faite au prieuré de Saint-Flavit, de biens situés à Villemaur, moyennant une rente de grain qui sera tenue d'elle en fief en 1228.
[9] Bibl. nat. lat., cartulaire de Notre-Dame-de-Faux, 5995, f° 117, v°.
[10]Droit féodal perçu par le seigneur sur le passage situé devant l'église et servant de parvis.
[11]Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, n° 91, p. 96.
[12]Bibl. nat. lat.,10031 daté de 1435 comportant 45 folios. Il est suivi du pouillé de Langres copie du pouillé de 1371 et du registre de 1420 "registre sur les taxations de la dîme et des bénéfices de la ville et au diocèse de Langres", il s'agit de la levée des décimes papales.
Le ms. 4437 daté de1492, le ms. latin 5199 et 5218 permettraient d'avoir une étude sur le long terme puisque les deux derniers manuscrits datent du XVIe siècle.
[13]Noé-les-Mallets.
[14]Identifié comme appartenant à l'abbaye de Cluny nous pensons qu'il s'agit d'une erreur de moine copiste.
[15]Bibl. nat. lat., 5998, f° 121 et 521 r°. " prope Novavillam et ante Gyeum " ou bien prôche de Neuville et avant Gyé.
[16]Aube, commune de Ravières.
[17]Bibl. nat. lat., 5998, f° 147 v°.
[18]Lamauvinière, A. Recherches sur la vie spirituelle et religieuse à Troyes du XIIe au XIV siècles. Mémoire de DEA, Université de Bourgogne, 1995.
[19]Arch. dép. Aube, G 1344, f° 354-381 r°.
[20] environ 4 kilomêtres.
[21]Tensions relatées en 1275 pour le péage de Fouchères estimé par les uns à 30 livres et les autres à 50 livres selon la provenance des personnes cf Longnon, A. Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie , 1172-1361, Paris 1801, p. 52.
[22]Arch. dép. Côte d'Or, 7 H 6.
Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, t. 2, n° 23, p. 33.
[23]Arch. dép. Côte d'Or, 7 H 6.
Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, t. 2, n°250, p. 233.
[24]Arch. dép. Côte d'Or, 7 H 6.
Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, t. 1, n°150, p. 145.
[25]Arch. dép. Côte d'Or, 7 H 6.
Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, n° 170, p 158. " concernant Fouchères, la partie d'alleu du dit Ancier qu'il avait pour patrimoine".
Arch. dép. Côte d'Or, 7 H 6.
[26]Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, t. 2, n°469, p. 424.
[27]Arch. dép. Côte d'Or, 7 H 6, et Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, t. 1, n°262, p. 243.
[28] C'est le passage devant l'église qui sert de parvis, de cour, par extension c'est l'enclos qui comporte l'église et le cimetière.
[29]Traduction : en présence de Bernard abbé de Clairvaux.
[30]Arch. dép. Côte d'Or, 7 H 6.
Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, t. 2, n° 203-206-209, p. 187.
[31]Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, t. 2, n° 470, p. 424.
[32]Du latin pares signifiant égaux.
[33]Arch. nat., J 195, n° 72.
Laurent, J. Cartulaires de l'abbaye de Molesme, Paris, 1911, p. 307.
Archives Départementales de la Cote d'Or : 7 H 262.
[34]Lalore, C. Cartulaire de Montieramey, p. 342.
[35]Bibl. nat. collection de Champagne vol. XXI, p.192.
[36]Yonne, arrondissement de Tonnerre.
[37]Bibl. nat. 500 de Colbert, t. XL, p. 236.
[38]Arch. dép. Côte d’Or, 7 H 85.
Bibl. nat. lat., 5993 A, liber praelatorum, f° 323 r°.
Arch. nat., J 195, n° 35, original.
[39]Arch. nat., J 195, n° 179.
[40]Arch. dép. Aube, G 646.
[41]Arch. nat., J 195, n° 79, original sur parchemin scellé jadis de deux sceaux sur lacs de soie rouge un seul persiste celui de l'abbé Christophe.
Teulet, Alexandre. Inventaire des Layettes des Chartes, Paris, 1866, t.III, n° 3884.